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Fiche de lecture : Supplément au Voyage de Bougainville de Diderot

7 Mai 2016 , Rédigé par Tess Publié dans #Scolarité

Denis DIDEROT

Denis DIDEROT

Supplément au Voyage de Bougainville de Diderot

 

Supplément au Voyage de Bougainville est un conte philosophique de Diderot paru en 1772. Deux personnages : A et B s'entretiennent du livre du navigateur français Louis Antoine de Bougainville : Voyage autour du monde. Diderot propose donc un supplément fictif où il revient sur certains passages du voyage et les critique à travers une mise en scène des événements.

Nous présenterons sur cette fiche de lecture une biographie de l'auteur, suivie d'un résumé puis d'une présentation des personnages principaux ainsi que des thèmes qui y sont abordés. Enfin, nous verrons l'intérêt du livre et les liens que nous pouvons établir avec d'autres œuvres de la littérature.

 

. L'auteur

Denis Diderot (1713-1784) est un écrivain et philosophe français des Lumières issu de la bourgeoisie aisée. Il intègre les jésuites de Langres en 1723 où il se montre très bon élève. Il reçoit la tonsure en 1726 ce qui lui permet de porter le titre « d'abbé » et le manteau court. Il s'installe à Paris en 1729 où il fréquente les collèges Louis-Le-Grand et Harcourt dans le but de devenir jésuite, puis est reçu maître des arts de l'Université de Paris en 1732. Cependant, il se tourne vers le droit lorsque le diocèse de Langres lui est refusé après qu'il soit reçu bachelier. Il mène alors une vie de bohème entre plusieurs petits emplois ce qui conduit son père à lui couper les vivres ; il rencontre Rousseau pendant cette période. Il rencontre Anne-Toinette Champion avec qui il aura 4 enfants, mais son père s'oppose, le fait enfermer dans un couvent duquel il s'échappe et se marie clandestinement. À partir de 1744, il débute la traduction avec le Dictionnaire universel de médecine du Dr James puis publie clandestinement Pensées philosophiques qui est condamné par le Parlement (contraire à la religion et aux bonnes mœurs). De 1747 à 1766, il se consacre à l'élaboration de l'Encyclopédie qu'il dirige avec d'Alembert et qui lui attire de nombreuses menaces le poussant à publier les 10 derniers tomes (sur 28) sans l'accord du roi. Il publie en 1749 Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient lui valant un emprisonnement à Vincennes de quelques mois. En 1751, il est nommé membre de l'Académie de Berlin et voit de plus en plus d'opposants à l'Encyclopédie. Après des tensions entre Diderot et Rousseau, ce dernier rompt avec le « clan encyclopédique » en 1758. En 1762, l'impératrice Catherine II de Russie propose son aide à Diderot quant à faire imprimer l'Encyclopédie en Russie et Voltaire l'en félicite mais Diderot refuse. L'impératrice lui apporte toutefois son aide en lui apportant son soutien publique et en lui versant des rentes conséquentes. En 1773, il part pour la Hollande et la Russie où il remercie la tsarine et lui accorde des entretiens quotidiens. Il retourne à Paris le 21 octobre 1774. Sa santé se dégrade à partir de 1781, puis celle de d'Alembert. Ce dernier meurt le 20 octobre 1783. En juillet 1784, Diderot s'installe dans un appartement loué par Catherine II. Il décède le 31 juillet et est inhumé le lendemain à Saint-Roch.

La Religieuse (1760), Jacques le fataliste et son maître (1796)

 

 

. L'œuvre

L'œuvre est composée de cinq chapitres :

 

I - Jugement du voyage de Bougainville

Le chapitre débute au milieu d'une conversation entre A et B à propos du ciel puis aborde le livre de Bougainville que lit B pour faire passer le temps. A qui ne l'a pas lu questionne alors B. C'est ainsi qu'est décrit Bougainville et que sont introduites les grandes étapes de son voyage. A évoque ensuite l'Otaïtien, Aotourou, que Bougainville a ramené à Paris et B commence à parler de la simplicité et la sagesse de « la vie sauvage » en référence aux Otaïtiens. Pour appuyer ses dires, il propose à A de lire le Supplément du voyage.

 

II - Les adieux du vieillard

Un vieillard qui s'était retranché chez lui lors du séjour des Européens, sort lors de leur départ. Il s'adresse à son peuple leur disant qu'il faut déplorer l'arrivée de ces envahisseurs et non leur départ. Puis, il blâme Bougainville, lui reprochant d'avoir apporté le vice. Il critique les mœurs des Européens « civilisés » et les compare à celles, sages, des Otaïtiens « sauvages ». Enfin, il maudit Bougainville et son équipage, souhaitant que leurs navires fassent naufrage.

 

III - Entretien de l'aumônier et d'Orou

B raconte à A les événements entre l'aumônier qui logea chez l'Otaïtien Orou. Orou offre à son invité après le repas, sa femme et ses trois filles dans le but que l'aumônier en choisisse une et la fasse devenir mère selon les coutumes otaïtiennes. Mais l'aumônier refuse en accord avec les principes de sa « religion » et de son « état ». Les deux individus discutent alors des coutumes otaïtiennes, des relations hommes/femmes, de la religion et de l'État de l'aumônier. Orou en vient à critiquer le mode de vie des Européens qui doivent obéir à Dieu, aux magistrats et aux prêtres à la fois, mais qui ne le font pas et ne sont pas châtiés. Enfin A et B lisent en marge les qualités d'une bonne femme : une femme belle et fine chez les Européens contre une femme féconde en Otaïti. Enfin, A et B évoquent l'histoire de Miss Polly Baker qui se retrouve enceinte pour la 5e fois hors mariage. Suite à son argumentation sur la culpabilité des hommes, elle échappe à son amende.

 

IV - Suite de l'entretien de l'aumônier et d'Orou

L'aumônier et Orou continue d'en apprendre davantage sur la culture de l'autre. Ils discutent du libertinage, d'inceste, d'adultère, de la valeur d'un enfant en Otaïti et celle des biens en Europe, puis de la position de moine de l'aumônier. Orou critique celle-ci où les moines se sont soumis à des contraintes pour des raisons floues, serment qu'ils ne respectent pas. Enfin, l'aumônier raconte qu'il cède aux trois filles et à la femme d'Orou.

 

V - Suite du dialogue entre A et B

A et B comparent le mode de vie otaïtien et européen et critiquent la société européennes et ses lois sans fondement et contradictoires. Ils se demandent si le mariage, la galanterie, la coquetterie, la constance, la fidélité et la pudeur sont des principes de la nature et finissent par s'interroger sur leur propre société. Ils se demandent si l'homme « sauvage » n'est pas meilleur que l'homme « des villes ». Le chapitre se termine sur leur volonté de revenir aux lois de la Nature. Puis, comme le brouillard est tombé, ils prévoient déjà ce qu'ils feront après dîner.

 

Les personnages principaux :

L'aumônier est un moine européen qui a fait serment de chasteté. Il doit obéir à Dieu, de même qu'il doit suivre les principes des prêtres et des magistrats, non toujours respectés. De plus, il se retrouve dans l'embarras quand ces principes sont contradictoires comme le lui démontre Orou. De même, il refuse d'accéder à la demande de ce dernier concernant sa femme et ses filles pour ne pas aller à l'encontre de ses principes mais cède par « honnêteté ». C'est un personnage fait de contradictions qui adhère facilement au mode de vie tahitien à cause de la complexité et l'incohérence de son propre mode de vie.

 

Le vieillard est la voix de la sagesse. Il exprime un discours de révolte contre les étrangers « colonisateurs » qui selon lui apportent le vice dans son peuple et ailleurs sur les terres où ils s'arrêtent. Il met en garde ses compatriotes et leur annonce un avenir sombre à cause de ces étrangers qui prendraient leurs biens et les réduiraient en esclavage. Il a aussi une fonction de mise en garde puisqu'il est clairvoyant.

 

 

Les thèmes :

Le thème du colonialisme est abordée en premier lieu lorsque les Européens arrivent en Otaïti. L'exploration (le tour du monde) est aussi une opportunité de constater le niveau de développement et les richesses d'autres civilisations pour éventuellement s'en emparer et réduire les populations en esclavage ou les convertir au un mode de vie européen : « Un jour ils reviendront le morceau de bois que vous voyez attaché à la ceinture de celui-ci dans une main, et le fer qui pend au côté de celui-là dans l'autre, vous enchaîner ou vous assujettir à leurs extravagances et à leurs vices. » (Chapitre II, discours du vieillard).

Puis, Diderot compare deux exemples de société : l'une est basée sur la loi naturelle et l'autre sur la domination de la religion et de l'État. Ainsi, il critique cette dernière par le biais d'une société utopique (Otaïti) basée sur la nature et donc dépourvue de religion, de règles judiciaires et de l'autorité de l'État. Il définit son choix pour la loi naturelle qui vise à trouver le bonheur et satisfaire les besoins de la société : « Je ne sais pas ce qu'est la chose que tu appelles religion, mais je ne puis qu'en penser mal, puisqu'elle t'empêche de goûter un plaisir innocent auquel nature, la souveraine maîtresse, nous invite tous […]. Je ne sais pas ce qu'est la chose que tu appelles état ; mais ton premier devoir est d'être homme et d'être reconnaissant. » (Chapitre III, Orou à l'aumônier).

Enfin, divers sujets tels que le mariage, l'adultère, l'inceste, le libertinage apparaissent notamment lorsqu'il s'agit de comparer les pratiques des deux sociétés.

 

L'intérêt de l'œuvre :

Diderot propose originalement un supplément inventé à l'œuvre réelle de Bougainville dans le but d'y exprimer son opinion. Il y fait une satire de sa société et l'éloge des lois naturelles. L'utilisation de nombreux dialogues donne la forme d'un débat au livre ; d'abord entre deux personnages non identifiés A et B, puis entre l'aumônier et Orou sur le meilleur type de société à avoir. De plus, les récits sont enchâssés, permettant d'avoir plusieurs histoires complémentaires avec la mise en abîme du voyage de Bougainville avec la lecture de A et B, eux mêmes personnages du conte discutant du voyage.

 

 

     Ainsi, Supplément au Voyage de Bougainville, conte philosophique de Diderot paru en 1772 nous fait réfléchir sur la société de l'époque de l'auteur avec l'exemple d'un Tahiti utopique. Cette œuvre qui reflète la pensée des Lumières rappelle inéluctablement Utopie de Thomas More, paru en 1516, qui est une satire de la société de son temps à travers la représentation d'une société parfaite régit par l'égalité.

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